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Appel urgent (Juin 2017) - Djibouti
« Cet homme jamais ne tombera ; toujours on fera mémoire du juste. »
(PS 112,6)

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Intervenir avant le 03/07/2017


Mohamed Ahmed a été arrêté par l’armée le 1 er mai 2010 dans le district de Tadjourah au nord du pays. Membre du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (FRUD), « Jabha » est accusé par le régime de « coopération avec un État ennemi » (l’Erythrée) et d’être à la solde de ce pays. Le FRUD est un mouvement politique armé, créé en 1991, qui lutte contre le pouvoir en place. Au cours de ses 7 années de privation de liberté, Mohamed Ahmed a été victime de diverses tortures et mauvais traitements : bastonnades répétées, simulacres d’exécution, menaces de mort, privations de nourriture... Il est aujourd’hui détenu à la prison centrale de Djibouti, l’une des pires du pays. Il a longtemps été privé de tout contact avec son avocat, ses proches et les autres détenus.

Gardé incarcéré !

Le 6 octobre 2016, la chambre d’accusation a annulé l’ensemble de la procédure judiciaire visant Mohamed Ahmed et a ordonné sa remise en liberté. Pendant 7 longues années, la justice de Djibouti n’a fait qu’oublier un détenu gênant, dont le dossier d’accusation paraît vide... Cependant, malgré une obligation de remise en liberté, Mohamed Ahmed est resté emprisonné car « Jabha » est devenu, au fil du temps, un symbole de résistance à un régime autocratique et despotique. Sa remise en liberté serait perçue comme une défaite, un affront au président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh, qui dirige d’une main de fer ce minuscule pays de la Corne de l’Afrique. Le procureur général a donc fait appel de la décision de la chambre d’accusation.
L’audience concernant Mohamed Ahmed prévue le 9 mars 2017 près la Cour d’appel n’a pas eu lieu : Mohamed Ahmed était trop faible pour s’exprimer. Selon son avocat, Maître Zakaria Abdillahi, qui revoyait son client pour la première fois depuis des mois, l’état de santé de « Jabha » est très préoccupant et sa vie serait menacée. Le procureur général a demandé une expertise médicale.

Au pouvoir depuis bientôt 20 ans

La république de Djibouti est dirigée depuis 1999, par le président Ismaïl Omar Guelleh. Indépendant de la France depuis 1977, le pays n’a connu depuis que deux présidents. Hassan Gouled Aptidon, président entre 1977-1999, a instauré en 1981 un système politique au parti unique, le Rassemblement populaire pour le progrès (RPP). M. Omar Guelleh a été réélu en avril 2015. En avril 2010, il avait fait supprimer de la Constitution la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels. L’Assemblée nationale était totalement acquise au RPP, étant donné que les élections législatives de février 2008 avaient été boycottées par l’opposition. Celle-ci avait également boycotté les scrutins présidentiels de 2005 et 2008.

Une position géostratégique fondamentale

Disposant d’une position géographique exceptionnelle, aux portes du détroit de Bab-el-Mandeb - le quatrième passage maritime mondial-, Djibouti s’est naturellement imposé comme un passage commercial et militaire incontournable pour les grandes puissances. Celles-ci (France, USA, Chine, Japon, Allemagne, Italie, etc.) y ont multiplié la construction de bases militaires. Sa croissance d’environ 5 % par an dépend presque exclusivement des activités portuaires, de la présence militaire et des financements internationaux. Dans ce pays désertique, l’agriculture est quasi- inexistante, l’industrie embryonnaire. Ses 800 000 habitants, dont les trois quarts vivent dans la capitale, sont pour moitié des chômeurs. Près de 70 % des Djiboutiens vivent en dessous du seuil d’extrême pauvreté.

La répression, une habitude endémique

Dans ce pays le seul organisme de radiodiffusion à portée nationale est gouvernemental et la quasi-totalité des emplois dépendent de l’État. Toute contestation politique et sociale est réprimée par l’appareil sécuritaire. Bien qu’ils soient interdits, la torture et les mauvais traitements sont utilisés couramment par les forces de sécurité. Les passages à tabac et les violences à l’encontre des personnes gardées à vue dans les commissariats semblent fréquents. Le recours à des sévices pour réprimer et punir les voix dissidentes est systématique.

La République de Djibouti a adhéré à la convention contre la torture de l’ONU en
2002 et ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIRDCP).

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